Emission de CO2 : à calculs irrationnels, conclusions (volontairement) biaisées

Atlantico.fr : L’affirmation de l’étude OXFAM indiquant que 1% des plus riches émettent deux fois plus de gaz à effet de serre que la moitié la plus pauvre de la population est complètement erronée selon vous ?

Malo Tourquetil : Je ne dirais pas que l’étude d’Oxfam est complètement érronée. Elle suit simplement une méthode qui présente un parti pris très clair en la défaveur des détenteurs de capitaux. Cette étude tend à se faire passer pour la vérité alors qu’elle n’est qu’une vérité. Voilà mon principal problème avec cette étude.

Il me semble évident que, dans les émissions des 1% des plus riches, sont comprises les émissions des entreprises qui leur appartiennent. Vous imaginez sinon ? C’est comme si, par le seul achat de biens, une population égale à la France émettait deux fois plus de carbone qu’une population plus grande que la Chine et l’Inde réunies.

Nathalie MP Meyer : Les rapports d’Oxfam se suivent et se ressemblent. Qu’ils proviennent de la maison mère comme le célèbre rapport annuel sur les inégalités dans le monde ou de sa remuante succursale française dirigée par l’ancienne ministre et exprésidente des Verts Cécile Duflot, ils tracent leur petit chemin idéologique selon trois codes aussi éprouvés qu’immuables :

· Toujours jeter le pavé dans la mare à quelques jours d’un sommet international ou d’une grande réunion champagne-petits fours afin de bénéficier de l’attention maximale des médias et des décideurs.

À l’instar du rapport sur les inégalités qui est systématiquement publié avant le Forum économique mondial de Davos, la nouvelle publication nous est arrivée pile à la veille de l’Assemblée générale de l’ONU qui s’ouvre ce jour et qui va notamment plancher sur le monde post-Covid. Depuis le début de la pandémie de Covid-19, on assiste à une intense récupération écologique et climatique de la situation sanitaire ; il aurait été étonnant qu’Oxfam ne participe pas à la fête.

· Toujours trouver un ratio ou une comparaison numérique propre à stupéfier et culpabiliser l’opinion publique, à défaut
d’avoir le moindre sens économétrique réel.

Ainsi, le rapport sur les inégalités est toujours merveilleusement calibré pour nous prendre à la gorge tant il décrit un monde de misère noire soumis à la volonté implacable d’une poignée de personnes. En 2016, nous apprenions que « 62 personnes possèdent autant que la moitié de la population mondiale ». À vous faire dresser les cheveux sur la tête ! En 2017, ce chiffre est tombé à 8. Et pas n’importe quels 8 : huit hommes ! Inégalités ET discriminations des femmes, tout va vraiment de pire en pire.

Le rapport du jour n’échappe pas à la règle si ce n’est que les riches sont non seulement odieusement riches mais également odieusement responsables d’une part odieusement élevée du réchauffement climatique :

« Les 1 % les plus riches sont responsables de deux fois plus d’émissions que la moitié la plus pauvre de l’humanité ».

. Toujours placer la méthodologie au service de la conclusion voulue.

Ici, la méthodologie est simple : les émissions de CO2 dues à la consommation ont été attribuées aux ménages en fonction de leurs revenus, et encore ne s’agit-il que d’estimation d’émissions. Autrement dit, l’idée consiste à dire que plus on est riche plus on consomme et plus on consomme, plus on pollue et émet des gaz à effet de serre.

De la règle de trois de base. Je suis sûre qu’on pourrait trousser un rapport qui dirait que les 1 % les plus riches vont X fois plus au cinéma, chez le coiffeur, etc. en une année que les 50 % les plus pauvres réunis. C’est pratiquement un truisme. Mais Oxfam oublie complètement que les consommations des uns, fussent-ils riches, sont les emplois des autres, fussent-ils pauvres, et une promesse de développement.

Conclusion de l’ONG :

« Au cours des 20-30 dernières années, la crise climatique s’est amplifiée et le budget carbone mondial limité a été dilapidé au service d’une intensification de la consommation d’une population nantie, et non pour sortir des personnes de la pauvreté. »

Malheureusement pour Oxfam, il se trouve que sur la période 1990-2015 qui est justement la période retenue dans son étude, le taux des personnes vivant dans l’extrême pauvreté est tombé de 37,1 % à 9,6 % (et même à 8,6 % en 2019). Il en résulte que les 50 % les plus pauvres de l’année 2015 sont en moyenne beaucoup plus riches que les 50 % les plus pauvres de l’année 1990.

Il se trouve également que ce sont les pays riches qui sont les plus avancés dans les méthodes de dépollution, le tri des déchets et la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Le monde est effectivement en pleine transition énergétique, et en ce domaine, le monde développé qu’Oxfam s’acharne à attaquer est en réalité celui qui innove et montre la voie.

Selon l’Agence internationale de l’énergie (IEA), en 2019, les émissions mondiales de CO2 liées aux énergies en sont restées aux 33 Gt (gigatonnes ou milliards de tonnes) déjà observées en 2018 – et ceci en dépit de la croissance mondiale qui fut de 2,9 % en 2019 et en dépit de prévisions haussières.

Mieux, il s’avère que la stagnation est due à la baisse de 400 millions de tonnes enregistrée par le monde développé en 2019, dont 160 millions en moins dans l’UE et 140 millions en moins aux États-Unis, tandis que le monde en développement a émis 400 millions de tonnes de plus que l’an dernier. Globalement, le monde développé est sur un trend baissier depuis 2007 (schéma ci-dessous) :

Bref, l’ONG Oxfam montre une fois de plus qu’elle est douée d’un sens aigu du timing, du sensationnalisme et de la propagande, mais qu’elle n’a que faire des réalités.

Comment raccrocher ce type d’études à la réalité ?

Loïk Le Floch-Prigent : C’est une question difficile car nous sommes dans l’idéologie.

Comment distinguer le pauvre du riche pour arriver à des chiffres d’émission de CO2 ? Quel est le contexte dans lequel une telle étude est faite et peut être publiée ? Où est la méthode scientifique ? L’essentiel semble être ici de culpabiliser les riches sans les définir. Les rédacteurs se sentent , bien sur, du coté des pauvres, mais selon les critères utilisés on pourrait facilement leur montrer qu’ils sont du coté des riches et même pour certains d’entre eux des affreux 1% des plus riches . Mais arriver après tout cela à en déterminer quelle doit être la politique de la France à l’égard du climat tient du délire total.

Qui est « riche » ? Pour un ancien Président de la République, celui qui gagne en France 4 000 euro par mois, soit le double du salaire médian. Cela fait du monde, y compris à Oxfam ! Mais si vous vivez dans certains pays , avec 2000 euro par mois vous êtes plus que riche, très riche ! Ces statistiques venues d’on ne sait où ne riment à rien , la notion statistique de pauvre ou riche sur un plan mondial n’a aucun sens.

Cette présumée étude est donc totalement sortie de la réalité, ni la France ni la planète ne se résument à cette distinction entre pauvres et riches.

Mais les rédacteurs ont aussi une vue très fantasmée du climat qui se résume pour eux au CO2. Les gaz à effet de serre sont, outre le CO2, indispensable à la vie sur terre, le méthane CH4 et les oxydes d’azote. Ce sont les deux derniers les plus actifs et si l’on accepte les théories des collapsologues c’est surtout le combat contre eux qu’il faut mener , « décarboner la planète » ne suffit pas ! On voit donc que l’Oxfam a oublié la science dans son étude comme dans ses conclusions.

Cette étude est scientifiquement inexistante, mais elle permet à certains riches de se culpabiliser en trouvant néanmoins des plus riches qu’eux qui devraient se sentir encore plus criminels.

Les politiques inspirées de ce rapport ne risquent-elles pas, outre leur coût élevé de mise en place, de s’avérer inutiles ?

Loïk Le Floch-Prigent : Lorsque l’on définit une politique on doit essayer d’avoir des résultats. Ici, rien de tel , aucune explication ne permet de trouver des mesures pour améliorer la situation jugée catastrophique des inégalités. On voit donc la pauvreté de l’analyse et la mauvaise digestion des concepts retenus. Il y a des pays développés qui consomment et leur fonctionnement en termes d’industries et de mobilités émet des gaz à effet de serre, c’est vrai de l’Occident, mais aussi de la Chine, de l’Inde, du Brésil… Et puis il y a les pays qui n’ont pas d’industries de transformation , aux mobilités réduites, qui émettent moins. On peut les distinguer entre «pays riches « et pays « pauvres » , mais pour un homme du Burundi il va être difficile de qualifier la Chine de pays pauvre ! On constate donc que les pays industrialisés émettent plus que les autres, c’est une évidence qui n’a pas besoin d’une étude Oxfam.

Ensuite, à l’intérieur des pays eux-mêmes, il y a des différences de situation financière, mais il est difficile de déterminer les responsabilités des émissions en recherchant ceux qui sont riches ou pauvres dans ces pays, c’est scientifiquement impossible, c’est-à-dire que dans un pays développé on divise les émissions par le nombre d’habitants sans être capables d’aller plus loin. La distinction pauvre ou riche s’applique donc aux agrégats et non aux individus, le concept de base n’est donc pas pertinent . En d’autres termes on ne sait rien mais on a envie de dire que les riches sont riches et que les pauvres sont pauvres. Le pauvre utilise moins les richesses puisqu’il est pauvre et le riche en utilise plus puisqu’il est riche, on peut facilement ne pas faire d’étude et l’affirmer sans contestation possible. Et après ? quelle est la politique préconisée ? Eliminer les riches et donc le développement pour sauver la planète, arrêter l’industrie pour stopper les émissions de gaz à effet de serre, et supprimer les mobilités… C’est oublier que la population mondiale essaie, au contraire, de progresser en développement et que l’aspiration de retourner à une vie naturelle frugale n’est partagée que par les « riches » et les « très riches » qui se sentent coupables de l’être tout en évitant soigneusement de ne pas le rester.

Il n’y a pas de politique préconisée par ce rapport, il y est dit simplement : « je suis coupable, la vie n’est pas juste, il faut que je fasse pénitence ». Cette attitude a existé à toutes les époques, elle a produit des mystiques à la vie admirable, on peut douter que les responsables d’Oxfam suivent le chemin de François d’Assise , mais rien ne les y empêche.

Nathalie MP Meyer : Non seulement inutiles, mais dangereusement appauvrissantes, aussi bien pour les revenus des personnes que pour les savoirs et technologies de l’humanité.

Partant de mauvaises observations, Oxfam ne peut qu’aboutir à des conclusions erronées, comme on l’a vu ci-dessus, et faire ensuite des recommandations qui auront peut-être l’avantage de plaire aux idéologues du climat et de l’écologie mais qui risquent de se révéler catastrophiques pour la sortie de la pauvreté qui semble pourtant lui tenir à coeur.

Car que demande l’ONG ? Que les gouvernements luttent contre :

« la double crise du changement climatique et des inégalités extrêmes en s’attaquant aux émissions excessives des plus riches et en soutenant les communautés pauvres et vulnérables. »

Traduction : Interdire et re-interdire, obliger et re-obliger, exactement comme préconisé dans les conclusions incroyablement autoritaires de la Convention citoyenne pour le Climat, et surtout, taxer et re-taxer les moyennement riches, les plus riches et les super-riches, c’est-à-dire le contraire exact de la libéralisation des échanges sur fond de bond technologique qui a permis à des centaines de millions de personnes de sortir de la pauvreté au cours des trente dernières années.

Oxfam propose donc d’engloutir en dépenses publiques, subventions et aide internationale tous azimuts des sommes qui ont plus de chance de décourager les initiatives et d’alimenter le capitalisme de connivence et la corruption partout où elles seront distribuées (voir Afrique, voir Venezuela – un exemple à suivre d’après Oxfam en 2010 !) que de créer les emplois qu’elles ne manqueraient pas de générer, auraient-elles été consacrées à des investissements productifs sur un marché libre et concurrentiel.

Rien de bien nouveau, si ce n’est que ce mantra de la gauche hyper-redistributrice est maintenant enrobé dans un discours écolodécroissant dont Emmanuel Macron vient de se rendre compte, avec la polémique sur la 5G, qu’il pourrait causer des dommages irréparables au développement technologique de la France, donc à la prospérité de ses citoyens.

Quelle méthode pourrait selon vous s’approcher au plus près de la répartition des émissions de gaz à effet de serre. Quels facteurs conviendrait-il de prendre en compte?

Malo Tourquetil : Tout d’abord je pense qu’une étude qui vise à monter les gens les uns contre les autres est forcément une mauvaise idée. Les efforts peuvent et doivent être faits à tous les niveaux, riches et moins riches, Français ou chinois, si nous voulons atteindre les objectifs nécessaires pour préserver ce qui est encore sauvable. Pour cela il faudra utiliser des solutions du XXIe siècle, ce qui me semble difficile si, pour les trouver, nous utilisons des méthodes d’analyse du XIXe…

Aussi, l’échelle internationale me semble intéressante, tant qu’elle est considérée de manière collective, car nous sommes tous concernés par le problème, riches comme pauvres. Ainsi, une étude qui prend en compte la consommation directe plutôt que la richesse ou les possessions d’un individu, me semble bien plus intéressante (c’est à dire, quelque chose qui est produit en Chine pour un Français, doit compter dans le bilan carbone d’un Français, et inversement).

De plus, cette pointe du doigt une population plutôt que des méthodes. L’ancien patron d’IKEA, Feodor Ingvar Kamprad, décédé en 2018, avait un mode de vie bien plus simple, et émettait certainement bien moins de carbone que Mme. Duflot, directrice d’Oxfam. Tous les riches n’ont pas de SUV, et inversement, des gens qui sont moins riches que ces 1% peuvent posséder un SUV.

Pour moi l’étude doit donc être complétée, par exemple, par une étude des modes de vie et de consommation selon des critères nombreux plus que la seule richesse (nationalités, professions qui incluent certains besoins spéciaux..), et cela afin d’avoir le plus grand nombre de données possibles pour y appliquer des solutions pragmatiques, émancipées de toute idéologie. Le GIEC travaille dans ce sens et c’est pour ça que leurs rapports sont, selon moi, bien plus exploitables par les femmes et hommes politiques que ceux d’Oxfam.

Comment sur ce type de sujet éviter que l’émotionnel remplace le rationnel ?

Loïk Le Floch-Prigent : Pour éviter de partir dans des délires, il faut revenir à une culture scientifique. Une étude scientifique nécessite une rigueur qui n’existe pas dans ces rapports, des définitions claires, des observations vérifiées, des travaux contradictoires d’interprétation. Ceci d’autant plus que les instruments de mesures et de traitements d’informations à notre disposition sont de plus en plus performants. Une organisation qui oeuvre pour le bien doit s’assurer posséder des bases solides avant de préconiser des conduites à des gouvernements, et surtout lorsque qu’elle ambitionne de fournir des enseignements à partir d’une localité à l’ensemble de l’humanité existante, soit plus de 7 milliards d’individus. Le chercheur est méticuleux et humble, il sait ce qu’il a fait comme expérience et ce que l’on peut en déduire. A partir du moment où l’on n’a pas défini les concepts et où on n’a pas critiqué le mode expérimental on est dans le péril de l’idéologie, c’est-à-dire que l’on trouve dans la littérature de quoi affirmer que l’on a raison de penser ce que l’on pense. La démarche proposée par Oxfam est à l’opposé de la démarche scientifique qui est basée sur le doute et la nécessité de le lever. Ici on connait le résultat, les pauvres n’émettent pas de gaz à effet de serre, contrairement aux riches, et on trouve ce qu’il faut pour le publier doctement.

Il faut que nos écoles, dans un moment difficile où internet sait tout, revienne à l’apprentissage de la science qui nous a permis d’utiliser de merveilleux instruments, il faut expliquer comment on en est arrivés là, non pas avec des certitudes, mais avec des interrogations, des théories, des expériences, des échecs et finalement des découvertes sur ce qu’est vraiment notre univers.

La vie est surement injuste, mais il faut apprendre au plus grand nombre que la mort l’est encore plus.

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