Environnement, énergie et industrie : la peur ou la plus mauvaise conseillère qui soit

La politique de la peur est un échec dont toute l’Europe pâtit. La France, qui a mené une politique sage de mix électrique, paie les erreurs de l’Allemagne avec une énergie chère.

On dit que la peur est mauvaise conseillère, elle imprègne désormais une partie de la société, en particulier une jeunesse prompte à organiser des actions pour « sauver la planète » mais pas forcément à considérer que le vote est un des trésors de nos démocraties. Sans doute faut-il avertir d’urgence que le monde va mourir, mais on peut s’interroger sur l’efficacité de l’action de Greta Thunberg comme celle de bloquer une autoroute ou le périphérique parisien. Vous avez peur, nous connaissons cependant l’éphémère de la vie et notre présence assez récente sur terre, cependant l’humanité a su s’adapter depuis son arrivée et continue à s’adapter tous les jours grâce à ses connaissances sans cesse en croissance.

La peur, les peurs, ont déclenché des phénomènes collectifs de précaution conduisant même à introduire dans notre Constitution un Principe de Précaution bien fumeux et ambigu qui permet toutes les dérives dans notre pays pour échapper aux effets malsains du développement des sciences et des techniques : au nom de la précaution et du climat on peut tout se permettre, tout affirmer sans avoir à soutenir de contradictions jusqu’à frapper d’anathème définitif celui qui émettrait le début d’une interrogation.

La peur nucléaire est néanmoins en train de mettre à mal tout l’Ouest de notre continent européen, associée à cette précaution qui semble indispensable à beaucoup de nos contemporains qui n’hésitent pas à soutenir des lois qui, en responsabilisant civilement et pénalement les décideurs, conduisent immanquablement à l’immobilisme.

La guerre en Ukraine vient de démontrer que la politique suivie par l’Allemagne des chanceliers Schröder et Merkel était erronée, il ne fallait pas abandonner le nucléaire électrique au profit du gaz russe. Le mirage du solaire et de l’éolien intermittents pour satisfaire les besoins électriques du Continent était aussi un mensonge, et tout cela débouche (provisoirement ?) sur une chasse effrénée au gaz liquéfié (gaz de schiste Américain), au charbon et donc au maintien d’une économie très carbonée alors que c’est l’électricité d’origine nucléaire qui pouvait se rapprocher de l’inverse. La politique de la peur est donc un échec dont toute l’Europe pâtit puisque la France qui a mené une politique sage de mix électrique paie les erreurs de l’Allemagne et d’autres avec une énergie chère alors que son prix de revient à elle n’a pas changé : nous payons les erreurs des autres mais, à leur décharge nous avons été moteurs et consentants… la peur, toujours la peur !

Pourquoi devant cette évidence n’arrivons-nous pas à convaincre nos camarades européens ? Parce que nous avons peur nous aussi, parce que nous avons arrêté un certain nombre de réacteurs à cause d’anomalies, que nous avons par deux fois stoppé le programme neutrons rapides qui devrait permettre de produire de l’énergie avec les déchets des centrales existantes (SuperPhénix 1998, Astrid 2019). Dans les deux cas ceux qui arrêtent sont félicités et ceux qui voudraient poursuivre sont menacés. La peur, toujours la peur !

Fallait-il refaire les soudures des circuits de contrôle de la centrale nouvelle de Flamanville ? Coût : quelques milliards et des années de retard. La peur et la responsabilité civile et pénale vous dit oui, l’urgence climatique dirait non.

Fallait-il arrêter les réacteurs récemment sur les anomalies constatées, mettant le fonctionnement du nucléaire national à 60% au lieu des 75% possibles ? On a le droit du point de vue scientifique d’en discuter.

Fallait-il avertir les assemblées d’une corrosion de 3mm pour pouvoir provoquer de nouveaux arrêts et de nouvelles peurs ? Cette corrosion est connue et surveillée depuis une dizaine d’années et évolue peu.

Fallait-il annoncer que les EPR chinois étaient en train de démontrer que les techniques françaises étaient mises à mal ? Le problème a été compris et réglé, on oublie les solutions quand on a nourri la peur.

Fallait-il fermer Fessenheim en disant que c’était la plus vieille centrale et la moins sure ? Non et en ce qui concerne les investissements c’était le contraire, une des meilleures et seul l’orgueil conduit à ne pas demander à la remettre en fonctionnement.

Pour gérer la peur on nomme des Agences « indépendantes » qui sont les responsables de l’arrêt ou du maintien des exploitations ! Quel confort pour les responsables politiques, et quel inconfort pour les Présidents des Agences, en l’occurrence L’Agence de Sureté Nucléaire ou ASN. Comment peut-il résister à une peur orchestrée par les médias et les politiques ? Impossible !

Celui qui dirait que les anomalies ne sont pas graves, qu’il ne faut pas tout arrêter, serait pendu immédiatement au gibet de notre justice médiatique. Et cependant il est légitime de se poser toutes les questions précédentes car la conséquence aujourd’hui et encore plus demain c’est qu’il va falloir choisir entre le charbon et le nucléaire, entre la pollution accélérée, le continent carboné d’une part et des risques pris dans la poursuite du nucléaire d’autre part. Il faut donc apprécier les risques et que les responsables politiques eux-mêmes l’assument.

Avec les éléments dont je dispose, je considère que la question de la peur sur la filière neutrons rapides ne se pose pas, il faut que la France revienne dans le jeu ( comme les Italiens de Newcleo avec Stefano Buono veulent le faire… en France !)

Il faut refaire un examen de tous les arrêts actuels de nos centrales existantes de façon contradictoire avec non la seule peur de l’accident mais surtout celle de la panne hivernale, des morts de froid… et la peur de la désindustrialisation massive du pays largement entamée à cause des couts prohibitifs des énergies intermittentes largement inutiles en cas de disette comme on l’a vu. Si l’on est dirigé par la peur, prenons celle de la France dans le noir, de la pollution et du climat. Je souhaiterais que l’on me démontre que le programme d’arrêt de Flamanville pour changer les soudures était justifié, comme que  les affres déposées chez les parlementaires au sujet des corrosions était légitime.

Enfin il est urgent de remettre le dossier Fessenheim sur le haut de la pile, le réacteur est en bon état, certains appareils ont été déménagés , combien de temps et d’argent pour la remettre en route ?

Sans peur ou avec les « vraies peurs «  à vous de choisir !

5 commentaires sur “Environnement, énergie et industrie : la peur ou la plus mauvaise conseillère qui soit

  1. Le catastrophisme est une doctrine scientifique élaborée au début du XIXe siècle par Cuvier qui concevait un devenir du vivant ponctué par de grandes extinctions, doctrine aussitôt rejetée par Darwin, dont l’évolutionnisme a durablement imposé l’uniformitarisme de Lyell, doctrine qui a néanmoins connu un regain à la fin du XXe siècle.
    Nous savons en effet désormais non seulement que, depuis la fin de l’Ordovicien il y a 440 millions d’années, la Terre a connu cinq périodes de disparitions brutales et massives d’espèces, mais aussi que nous sommes contemporains de la sixième extinction, la dernière en date étant celle qui, à la fin du Crétacé il y a 66 millions d’années, a conduit à la disparition des dinosaures et à l’avènement des mammifères.

    Notre situation se définit ainsi comme catastrophique: António Guterres, secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies, affirmait ainsi en mars 2022 que « nous avançons comme des somnambules vers la catastrophe climatique ». Depuis les « Limites de la croissance » publié par le Club de Rome en 1972, les rapports se succèdent à un rythme de plus en plus soutenu, de plus en plus précis et bien documentés, chacun étant plus alarmiste que le précédent en montrant que l’ émission anthropogénique de gaz carbonique dans l’atmosphère avait conduit à un niveau jamais atteint depuis deux millions d’années, en affirmant pour la première fois que la responsabilité humaine dans cette catastrophe est sans équivoque.
    Le dernier rapport du Groupe Intergouvernemental d’Études sur le Climat paru en août 2021 avalise le concept d’Anthropocène qui s’est imposé depuis une vingtaine d’années pour en reconnaître l’origine anthropique: notre époque se définit ainsi par l’avènement de l’humanité en puissance capable de rivaliser avec les puissances naturelles et caractérisée par son potentiel de destruction…

    Jean Vioulac

  2. Pas certain d’avoir bien compris les intentions de Dave,

    personnellement, j’ai lu le rapport Meadows, version mise à jour en 2002. Le fond de leur étude est l’interdépendance entre la taille de l’humanité, l’agriculture, les extractions de ressources naturelles pour fabriquer les biens matériels, et les pollutions, dans lesquelles ils comptent le CO2 en citant le GIEC, ni moins ni plus concernant ce dernier facteur. Personnellement je crois que c’est une bonne façon de poser la problématique de l’humanité, et peu importe que le « grand effondrement » intervienne dans 20 ans ou dans 100, puisque nous avons tous le souci des générations futures

    concernant le CO2 et le climat, une lecture un peu approfondie des rapports (scientifiques- les originaux, pas les résumés pour décideurs) ainsi que des déclarations écrites d’éminents représentants scientifiques du GIEC (rapport du CEA pour ses 75 ans) montre tout autre chose que le discours catastrophiste sur les températures, donc le climat: des ‘incertitudes profondes’ (je cite), voire de la contre-démonstration

  3. M. Loïk le Floch Prigent.
    Je viens de lire votre article sur la peur, nourrit par un principe de précaution !
    Vous évoquez dans cet article la peur de nos décideurs, au regard des technologies complexes qui ont comme vocation de produire de grandes quantités d’énergie (électricité).
    Les données de l’ADEME sur le rapport de la production réellement consommée, des systèmes de production tel que : pour le nucléaire, il faut produire 2,58 KW pour ne consommer qu’ 1 KW, quant à l’éolien il est productif entre 21 à 24 %. Le problème n’est-il pas là. Nous ne consommons que 20 à 30 % de la production d’électricité ?
    Ma vision sur « l’énergie » et ou sur la transition énergétique est plus pragmatique je vous l’avoue. Je prône l’autonomie énergétique (une certaine autonomie). Dans la com/com où j’habite, il y a environ 60 lieux/bourgades qui pourraient être alimentés par un système de production autonome, qui elles, pourraient consommer environ 80% de l’énergie produite.
    Je ne suis pas un penseur, ni un philosophe, pas plus qu’un « chercheur », mais seulement un concepteur/inventeur.
    Je vous ai joins sur votre compte LinkedIn un dossier et une brochure sur mon concept.
    En France, il n’y a pas de reconnaissance et encore moins de soutien de toutes ordres, sur les vraies inventions brevetées par l’INPI. 2000 guichets pour soutenir les entreprises ? Quelles peurs se cachent derrière cette toile indescriptible d’aides ???
    Penser autrement, c’est faire autrement, c’est ce qui me permet d’avoir une autre vision.
    Xavier Coulon
    Oui, la peur est la plus mauvaise conseillère, surtout lorsque l’on regarde toujours dans la même direction et nous regardons toujours dans la même direction.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.