Une convention citoyenne sur le climat, pour quoi faire ?

Dans les Fourberies de Scapin, Molière faisait dire à un père inquiet : « Mais que diable allait-il faire dans cette galère ? »
Les organisateurs comme les participants à la Convention citoyenne sur le climat pourraient se poser la même question.

L’UE pouvaient faire 150 citoyens français se réunissant quelques jours pour influer sur un phénomène complexe à partir d’un petit pays ne regroupant qu’un petit pour cent de la population mondiale ? En réfléchissant bien, ils auraient pu arriver facilement à la conclusion : rien !
Mais lorsque l’on pose des questions à des humains et que l’on donne de l’importance à leurs réponses, il est rare qu’ils aient la modestie de conclure à leur insignifiance. Donc, ils ont non seulement répondu aux questions posées mais exigé que les pouvoirs publics nationaux engagent les réformes nécessaires donnant les orientations au monde entier sur la conduite à tenir.

Ainsi, 150 citoyens volontaires et donc d’une certaine façon autosélectionnés se sont-ils transformés en donneurs de leçons au pays et au monde entier ! On pourrait disserter longtemps sur la capacité des hommes et des femmes à se transformer rapidement en donneurs d’ordres ou en dictateurs, un peu comme le port d’un uniforme officiel peut faire tourner la tête à beaucoup de gens fragiles. Ils ont travaillé, ils sont arrivés à des conclusions, à nous maintenant d’obéir et de porter la bonne parole au monde entier ! Au pays de Molière on devrait en rire, mais on a changé d’époque, il faut désormais répondre avec sérieux, argumenter et ainsi passer pour un mauvais citoyen réticent à célébrer comme il se doit une nouvelle forme de démocratie !
Tout d’abord, aucune des mesures préconisées n’aura d’incidence sur le climat. Le réchauffement climatique obéit à des cycles dont nous n’avons pas encore percé tous les mystères, et si l’on accepte le complément anthropique tel que certains scientifiques nous le suggèrent, la première action devrait être de stabiliser la population humaine de la planète, ce que personne n’est capable de réaliser. Ce que notre petit pays peut faire, tout au plus, c’est de diminuer les émissions de gaz à effet de serre jugées en partie responsables sur notre 1 % de la planète.
L’extrapolation aux 99 % restants est à la fois de l’arrogance et de l’obscurantisme, la solution imaginée dans un écosystème n’a pas de raison d’être efficace dans un autre. Les principes de l’écologie énoncés en 1973 par le professeur René Dubos restent encore bons « penser globalement, agir localement ». Les citoyens de la Convention ont fait tout l’inverse…

Après tout, cela ne serait pas trop grave si on arrêtait de communiquer sur le sujet, si politiciens et journalistes mettaient la pédale douce sur un épisode peu glorieux de notre vie collective, mais cela ne marche pas, il y a toujours quelqu’un pour repartir à l’assaut, il y a donc un vrai sujet qu’il faut savoir à la fois analyser et essayer de traiter.Si l’on prend ces 150 citoyens volontaires pour donner des directives à la planète, même si le tirage au sort qui leur vaut leur présence est sujet à caution, ils
représentent une partie du peuple français. Leur méconnaissance de la science, de la méthode scientifique, de l’élaboration des connaissances, de l’état des connaissances est abyssale.
Ils ont, pour la plupart, fait des études, souvent diplômés, et désormais engagés dans la vie active, mais leur culture scientifique est affligeante confondant expertise, science, communicants et chercheurs. Leur niveau reflète fidèlement celui de la société française. Un sens critique peu développé avec des croyances, des émotions et des gourous essentiellement télévisuels. « ON m’a dit ». «J’ai entendu » « X, Y ou Z l’ont bien montré hier à la télé ». Une éducation que chacun estime la meilleure du monde débouche ainsi sur une population devenue profondément crédule mais, et cela c’est nouveau, voulant faire taire ceux et celles qui ne pensent pas droit, qui échappent à l’expression du bien, ceux qui interrogent et s’interrogent.

La Convention citoyenne nous a réveillés avec un échantillon inculte, antiscientifique, anti-expert, avec une doctrine émanant des différents canaux de la communication et désireux de contraindre et de punir. Le peuple « échantillon » veut supprimer la démocratie représentative, ériger l’air du temps en principe de vie collective et propose un nouveau totalitarisme à partir de convictions, d’émotions. Nouveaux représentants du peuple, ils se veulent une nouvelle Assemblée Constituante responsable de la matérialisation de leurs délires.
Ils se voient légitimes pour décider des nouvelles orientations à donner à notre vie collective nationale avant de partir en nouveaux prophètes en irriguer le monde entier.

On a bien conscience que notre démocratie représentative traverse des moments difficiles puisque d’un côté, les politiques se font élire avec des promesses et de l’autre, la mondialisation ne permet pas de les tenir. Se faire élire en avouant d’emblée son impuissance n’est pas recommandé, si bien que la déception vient directement après le vote malgré tous les « barnums » organisés pour convaincre du contraire. L’interdépendance des économies voudrait-elle conduire à un gouvernement du monde ? C’est l’inverse qui se produit, un retour aux tribus, même à l’intérieur de petits pays, que l’on parle d’autonomie, d’indépendance ou de séparatisme.
Les élus sont fragilisés mais les dictateurs aussi, les gouvernés interconnectés se rebiffent quel que soit le régime, la latitude ou la longitude.

En ce qui nous concerne, en France, où les tentatives totalitaires arrivent de deux directions, l’islam radical et l’écologie politique (avec une jonction possible comme on l’a vu récemment), il n’y a qu’une réponse possible, l’éducation. Si nous poursuivons dans nos programmes bornés où l’on n’explique pas aux jeunes générations comment les connaissances se sont développées et comment nous maintenons les avancées pour toujours mieux comprendre notre univers, si la science est conçue seulement par ses effets positifs ou négatifs à travers les smartphones et internet, tout citoyen aura le sentiment d’être devenu un expert universel apte à commander aux autres, à tous les autres, son comportement individuel et collectif.

Par manque de vigilance, nous nous sommes placés au bord du gouffre des interprétations ésotériques des caprices de « Dame nature », nous avons oublié de professer l’existence du doute scientifique et du risque qui en découle. Nous avons peuplé dans un monde incertain une génération pleine de certitudes et donc prête à en assurer la promotion intensive. L’éducation, le débat contradictoire, la liberté de pensée, de parler l’anticonformisme, peuvent nous en sortir, avant que les Conventions citoyennes nous empêchent de respirer… et de penser.

4 commentaires sur “Une convention citoyenne sur le climat, pour quoi faire ?

  1. Je n’ai personnellement pas bien compris d’où sortaient ces 150 personnes élues par qui et pourquoi. Je comprends avec stupeur que leur mission dépasse celles confiées par les urnes ?
    Comment peut on adhérer à chose de la sorte.
    Consternation.
    Merci à L LFP pour son texte

  2. Remarquable de justesse, la pertinence de celle analyse n’a d’équivalent que le risque qu’elle décrit. Le lavage de cerveau de notre jeunesse par une éducation nationale devenue le passe plat du gauchisme écologiste est d’une puissance inouïe ! La liberté régresse partout, le totalitarisme s’installe comme toujours par le conformisme de la pensée !

  3. Votre position critique peut se comprendre, quand on voit que 150 citoyens tirés au hasard dans toutes les CSP et formés arrivent à sortir une feuille de route dont l’unique objectif est de réduire les émissions de GES de 40% afin de suivre les recommandations du GIEC plus pertinente que 30ans de hauts fonctionnaires, tout est dit…

    Pour reprendre une partie de vos propos, lorsqu’on demande aux gens qui étaient au pouvoir leurs contributions contre le dérèglement climatique « il est rare qu’ils aient la modestie de conclure à leur insignifiance ».
    Les résultats de 30 ans de COP sur la baisse des émissions de CO2 : aucune.

    Ces 150 citoyens à l’issu de leur 9mois de travail ont forcement acquis plus de connaissances sur la problématique du réchauffement climatique que la plupart de nos dirigeants qui n’ont aucunes notions de base en physique et chimie, notions indispensables juste pour poser le problème et ainsi apporter la bonne réponse…

    Qu’a-t-on à perdre ?

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