Vaccin Sanofi : la médiocre stratégie française

L’annonce victorieuse et nationale d’un vaccin Sanofi en fin de phase 2 d’essais cliniques susceptible d’être commercialisé à la fin de cette année aurait mérité d’être mieux analysée par les commentateurs.

Dans l’esprit de bien des Français Sanofi est une société nationale héritière d’une grande tradition, en particulier dans le secteur des vaccins avec le prestige de Pasteur et Mérieux. Plus c’est gros et plus cela passe dans les médias mais c’est la honte au front que les chercheurs français entendent les commentaires élogieux à propos de cette percée tardive.

Sanofi n’a plus un comportement de société nationale mais celui d’une multinationale classique finissant par renier jusqu’à la langue de la patrie d’origine. La phase 3 envisagée sera exécutée aux États-Unis et au Honduras et financée par la BARDA l’instance américaine chargée de promouvoir la sortie de tous les vaccins contre la Covid.

Il est clair que le caractère classique de ce vaccin permettra aux laboratoires français de le produire aux côtés de toute la production de vaccins jusqu’ici centralisée dans l’Hexagone… mais pas seulement !

Les nouvelles générations de vaccins par ARN-messager ou adénovirus n’ont pas été encouragées ces dernières années par Sanofi.

Il y a bien eu une tentative désespérée avec la Biotech « Translate Bio » de Boston pour montrer un engagement vers le futur, mais rien ne sera prêt avant un certain temps. La difficulté avec les anciens programmes est que l’adaptation à des variants du virus n’est pas évidente.

Le produit actuel en phase expérimentale concerne le virus d’origine et son variant sud-africain, contrairement aux formules actuelles qui peuvent répondre rapidement à tous les variants, anglais, brésilien, indien…

Plus le temps passe et plus il apparait que la technologie ARN-messager a révolutionné en réactivité, en vitesse, en flexibilité, tout le secteur de la vaccination et notre seule fierté nationale est d’en avoir été à l’origine. L’autre approche par adénovirus a montré aussi ses performances, mais elle est basée sur une bonne compréhension des animaux, en particulier les singes et suppose que l’on ait maintenu une grande compétence en ce domaine : pour Sanofi c’est le drame en 2015, avec le rachat de Mérial filiale animale par l’Allemand Boehringer, cassant ainsi le concept « one health » véhiculé alors par la recherche mondiale.

Enfin, les chercheurs à l’origine de l’ARN-messager ont tous espéré et demandé le soutien de Sanofi-vaccins sans l’obtenir. Ils se sont donc tournés ailleurs, vers des sociétés éloignées des vaccins (Pfizer) ou des organismes plus récents (Moderna).  L’absence de Sanofi (et de Merck, autre champion théorique) tient donc à une erreur stratégique à la fois de la compagnie sensée représenter nos couleurs et des instances de l’État, car le gouvernement et ses administrations ont un rôle central pour la recherche, le développement, la mise sur le marché et les préconisations.

Il y a donc eu défaillance d’ensemble dans un secteur où hier encore nous représentions mondialement l’excellence.

VACCIN SANOFI : DEVANT UNE TELLE FAILLITE COMMENT SE REDRESSER ?

D’abord en ne se payant pas de mots, les collaborations actuellement en discussion entre les sociétés productrices et Sanofi concernent essentiellement le flaconnage, pas la peine de pavoiser quand il s’agit de conditionner !

Ensuite il faut arrêter de saupoudrer l’argent du plan de relance à raison d’un million par-ci par-là pour éviter les trop grandes pertes d’emplois avant les élections. Cela ne sert à rien, même pas électoralement, car on fausse la concurrence et on met en difficultés des entreprises qui restaient en bonne santé. Si tout porte à croire que l’ARN-messager est la filière d’avenir, il faut regrouper les experts en la matière et leur demander de définir un programme d’action.

Il faudra alors concentrer les liquidités disponibles pour que ces équipes aujourd’hui dispersées, démunies et désespérées, se remettent au travail à la fois pour faire avancer la recherche et l’industrie nationale et que la France redevienne un des phares de la protection de la santé humaine comme elle l’était encore il y a peu.

Comme on peut le voir ce n’est pas tant l’argent qui a manqué dans cette aventure ratée, pas plus que les compétences françaises puisque dans toutes les entreprises ayant réussi il y a des élèves de nos institutions, mais c’est la volonté et la stratégie qui n’ont pas répondu présentes.

Quand on entend les débats sur le crédit impôt recherche, quand on le voit année après année devenir bureaucratique et déchiré de toute part, on ne peut que se demander où nous avons la tête : une avancée incontestable, un vecteur de succès, un exemple pour le monde entier, étrillé et vilipendé par des vents contraires jusqu’au point où cette merveille est désormais devenue méconnaissable. On dégoûte les chercheurs, on méprise un des instruments les plus utiles, on ne permet pas aux individus de faire respirer leur travail au point qu’ils finissent par s’expatrier et on finit par se gargariser de fausses nouvelles qui entretiennent certains egos.

Si nous n’avons pas la volonté (et pas seulement le discours) de retrouver notre excellence dans le domaine pharmaceutique, nous ne traiterons pas les causes de nos insuffisances constatées. Parmi les multiples aspects du déclin du pays il y a eu la propension française et européenne à maltraiter l’industrie chimique et biologique à coups d’interdictions multiples environnementales.

Sans vouloir amorcer la justification de cette politique comme celle de la Commission européenne, programme REACH, il est clair que ces normes et règlements ont fait fuir les implantations industrielles dont nous déplorons aujourd’hui les délocalisations vers l’Asie.

Tant que nous importerons des produits dont les normes de fabrication seront moins strictes que les nôtres, nous nous plaindrons de notre manque de compétitivité. Mais dans un domaine très automatisé ne prenons pas le prétexte des salaires pour expliquer nos difficultés, elles proviennent de notre naïveté et d’une aversion de beaucoup de citoyens (y compris beaucoup d’élus et de responsables administratifs) à l’égard de notre industrie.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.